Décryptage de Février 2026
Analysons un fait d’actualité : Trump et le Groenland
ou quand la communication devient arme de puissance !
Imaginez un président américain suggérant, au détour d’une phrase, l’annexion d’un territoire étranger stratégique. Un scénario de politique-fiction ? Non : une réalité signée Donald Trump.
- Cf. , Décoder la stratégie de communication de Trump II : une nouvelle ère en vue » in pressegauche.org [disponible en ligne le 31/01/2026].
- Laurent Garrigues. -« Les mots les plus prononcés par Trump… » in 20minutes.fr [disponible en ligne le 31/01/2026]
Après l’évocation d’une intervention au Venezuela, Donald Trump a remis l’achat du Groenland sur la table, déclenchant une onde de choc diplomatique et médiatique. Loin d’être un simple coup d’éclat anecdotique, cette déclaration s’appuie sur un enjeu géopolitique majeur : le Groenland est un territoire riche en ressources minières et énergétiques, situé au carrefour des nouvelles routes maritimes arctiques.
Mais c’est précisément parce que cet enjeu est tangible que sa mobilisation dans le discours trumpien mérite une analyse communicationnelle. Plus que le projet lui-même, c’est l’effet produit qui importe : le Groenland devient un objet de communication, un levier pour imposer un sujet à l’agenda, capter l’attention et provoquer des réactions immédiates, indépendamment de toute mise en œuvre diplomatique concrète.
La provocation comme outil d’agenda setting

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump brandit la menace d’une OPA sur le Groenland. Déjà en 2019, il avait agité l’idée d’une prise de contrôle du territoire autonome rattaché au Danemark. (Kristelle Rodeia pour ‘Les Echos‘)
Dans le cas de Donald Trump, la provocation n’est ni un hasard, ni un simple effet de style. Elle s’inscrit dans une stratégie délibérée visant à saturer l’agenda médiatique et politique.
L’exemple du Groenland illustre parfaitement ce mécanisme : en évoquant publiquement l’annexion de ce territoire, il capte l’attention internationale, force les chancelleries à réagir et déplace les priorités de l’opinion, alors même qu’aucun projet formel n’est engagé. Seule la menace plane.
Cette technique s’apparente à ce que certains analystes qualifient de « stratégie du choc », où des déclarations extrêmes créent un effet de sidération. Qu’il s’agisse de souveraineté territoriale, de politiques migratoires ou d’initiatives économiques, ces annonces saturent l’espace public et placent l’ensemble des acteurs dans une posture de réaction permanente.
Le Groenland devient ainsi un outil discursif : un levier permettant d’afficher une position de puissance tout en polarisant l’attention. La provocation agit ici comme le moteur de l’agenda setting, offrant à un sujet une visibilité, une priorité et une légitimité soudaines dans le débat mondial.
La saturation : une technique de domination de l’espace public

« Au Groenland, un goût de colonialisme » par Emanuele Del Rosso – Cartoon movement (Amsterdam)
Au-delà des « déclarations choc », le président mise sur l’accumulation frénétique d’informations pour verrouiller l’attention. Depuis son retour au Bureau ovale, le rythme des décrets et des annonces atteint des sommets : immigration, justice, environnement… Ce flux continu d’informations rend la hiérarchisation presque impossible pour les médias et le public.
Cette stratégie de saturation repose sur le principe du « tout à la fois » : en inondant l’espace médiatique, Donald Trump impose son tempo et contraint journalistes, opposants et alliés à une course aux réactions. L’épisode du Groenland n’est qu’un rouage d’une mécanique plus vaste, dont l’effet est décuplé par la simultanéité des annonces. L’information devient alors un outil de domination : celui qui sature le débat impose sa narration, détourne l’attention des sujets sensibles et réduit la capacité d’analyse critique de ses détracteurs.
La mise en scène du rapport de force

« Donald dreams of golf in Greenland » : Barry Blitt , dessinateur et illustrateur, collabore au New Yorker depuis 1992. En 2020, il a remporté le prix Pulitzer du dessin de presse.
Chez Trump, provocation et saturation participent à une mise en scène du rapport de force international. La diplomatie ne se joue plus seulement dans le secret des institutions, mais s’expose bruyamment à travers des déclarations conçues pour être amplifiées par les réseaux sociaux et les chaînes d’information.
Avec le cas du Groenland, le président américain affiche une posture de puissance, teste la résistance de ses partenaires et instaure un climat de tension symbolique. L’enjeu n’est pas tant la faisabilité du projet que le message envoyé : les États-Unis s’autorisent à remettre en question la souveraineté d’un État tiers et à contraindre les autres acteurs à se positionner.
Le clash devient un levier de visibilité. Indignations politiques et débats d’experts ne font que nourrir la centralité de Donald Trump sur l’échiquier mondial. En transformant ses déclarations en événements historiques, il redéfinit les règles du jeu : celui qui contrôle l’agenda contrôle le débat. Et, par extension, la réalité elle-même.
Léa Lepetit
M1 ; promo 2027
