Jeudi 27 novembre 2025, 16h30, la salle Vitez du TNBA bruisse d’impatience. Cette année, les Tribunes de la presse, organisées par la Région Nouvelle-Aquitaine, ont choisi sans détour le thème de “L’affaire Trump” ! Aussi, chaque conférence, atelier, débat explore une facette différente de l’influence de la politique du 45ème président américain.
Retour sur la table ronde  Le triomphe de l’ignorance”, un débat dense sur l’avenir de la recherche scientifique face aux offensives politiques menées aux Etats-Unis.

Sur scène, un panel prestigieux : L’astrophysicien Jean-Pierre Bibring, le politologue François Gemenne, la directrice de recherche en informatique au CNRS Claire Mathieu et la docteure en sciences de l’éducation Charlotte Barbier. Le tout animé par Odile Conseil, journaliste et auteur de l’émission Affaires Sensibles sur France Inter.
Dès les premières minutes, le ton est donné : en février 2025, Trump entame son second mandat en nommant Robert Kennedy Jr, secrétaire d’Etat à la santé ouvertement complotiste et antivax, confirmant le peu de cas accordé à la science dans sa stratégie politique.
Déjà, les questions fusent :

  • Quelles disciplines sont visées ?
  • Pourquoi cette “guerre à la science” ?
  • Et quel impact pour la France et l’Europe ? 

Un déni scientifique américain qui dépasse les frontières :

Pour François Gemenne, la situation américaine est profondément inquiétante et ses effets se font déjà sentir ailleurs. Pour lui,  la légitimité de la rationalité n’a plus de poids dans l’élection et la reconnaissance des dirigeants : “On n’attend plus qu’un responsable politique soit raisonnable ou instruit”, souligne-t-il, mettant en évidence sa personnalité qui semble primer désormais sur son diplôme.

Les faits n’ont plus de prise sur le débat public, les voilà avalés par la vitesse des réseaux sociaux et la prolifération de réalités parallèles, selon le politologue. Aux Etats-Unis, les chercheurs, eux, vivent dans la peur de dire, de parler, de publier… d’être sanctionnés. Une forme de terreur scientifique nourrie par des coupes budgétaires et une politique de la censure. 


Claire Mathieu confirme ce climat de tension. De retour d’un séjour aux Etats-Unis, elle raconte un silence pesant parmi les chercheurs lorsqu’il s’agit d’évoquer Trump : les financements se réduisent, les visas étudiants raccourcissent et les programmes sont réorganisés en urgence. Une situation qui contraste avec l’image autrefois plus confortable des universités américaines. 

La censure comme stratégie politique : 

Charlotte Barbier considère qu’au-delà d’un simple désintérêt, il s’agirait en vérité d’une tentative d’effacement du réel. Ainsi, sous l’administration Trump, certains termes liés au climat ou au genre ont été interdits dans les documents officiels. Alors comment comprendre un monde si l’on nous retire les mots pour le décrire ? Elle rappelle que l’ignorance – contrairement à la fausseté– ne peut pas être contredite : si le faux peut être réfuté, l’ignorance, elle, nous prive même de la possibilité de penser.

“Casser le thermomètre” : le démantèlement des outils de connaissance : 

Selon Jean-Pierre Bibring, ce qui se joue aujourd’hui aux Etats-Unis dépasse l’ignorance : il s’agit d’une volonté politique de masquer la réalité, notamment climatique. Pour lui, Trump ne vise pas le climat pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il empêche : les affaires, le profit et l’exploitation des énergies fossiles. 

Pourtant, malgré la fermeture de centres de recherche entiers aux Etats-Unis, il reste optimiste : la science s’étant toujours construite sur la reconnaissance de ce que l’on ignore, “l’ignorance ne peut pas triompher”.

Et la France et l’Europe dans tout ça ?
Peuvent-elles tirer parti de cette fuite des cerveaux ? 

  • En France, Emmanuel Macron a promis 100 millions d’euros pour la recherche
  • Ursula von der Leyen a évoqué 500 millions dédiés à l’échelle européenne.

Des annonces visibles, mais très loin des 130 milliards déjà investis dans le développement et la recherche. En bref, un effort insuffisant pour offrir une véritable alternative aux chercheurs tentés de quitter un système américain au bord de l’effondrement. Un pas, certes, mais bien trop court pour Claire Mathieu.

Mais que faire quand tout se vaut ? 

Durant plus d’une heure, un fil rouge guide les échanges : le relativisme. 

Aux Etats-Unis, le Premier amendement met opinion et savoir sur un pied d’égalité, car le Congrès ne pourra jamais interdire la liberté d’expression. Pourtant, la science reste constituée de faits vérifiés, alors que l’opinion constitue un dogme sans réelles vérifications. Voilà que sur les réseaux sociaux, un fait scientifique validé se retrouve au même niveau qu’une rumeur virale. Une “valorisation de l’ignorance” plus que regrettable pour François Gemenne, qui évoque une “crise de confiance dans les institutions” et une forme de “complaisance dans le fait ne pas savoir”

Comment tenir ? Par le collectif !

Résister. Et mieux encore, résister ensemble !… Par la vigilance, l’information, l’esprit critique, la défense des institutions scientifiques. Si le climat est lourd, la conférence laisse malgré tout une jolie note d’espoir : la science repose sur le temps long. Et dans le temps long, l’ignorance ne gagne jamais.

 

Léa Lepetit
M1 ; promo 2027